Voyage voyage. Episode 5.

C’était le dernier jour. On avait pas beaucoup dormi. Il était beaucoup trop tôt vu l’heure à laquelle on s’était couchées. Maxine pleurait déjà pour une histoire de saucisse grillée non consommée. Il fallait faire les sacs. Il fallait promener les sacs et l’enfant hurlante toute la journée avant de reprendre le train.

J’ai considéré la fenêtre, un shooter de vodka, l’abandon de ma mère et ma fille en pays inconnu, hurler dans un oreiller…

J’ai commencé par un café clope vivifiant sur le balcon. J’ai d’ailleurs compris quand j’ai failli perdre un doigt face au froid pourquoi on avait presque pas croisé de fumeurs.

Puis j’ai tenté le tout pour le tout et je suis allée demander au monsieur de l’accueil si on pouvait rester un peu plus longtemps dans l’appartement. Je crois qu’il a vu les 4 jours d’épuisement et le désespoir à l’idée de passer une journée complète dans une ville moche avec une petite fille qui n’arrête pas de faire des caprices sur mon visage et il m’a dit « vous partez quand vous voulez ».

J’ai entendu des anges chanter!

En ressortant de l’accueil je chantais « libérée délivrée ». Et comme j’avais une tête de dépressive et de la neige jusqu’au mollet c’était hyper proche de la version originale.

Je suis montée annoncer la bonne nouvelle à tout le monde. J’ai vu le soulagement sur le visage de maman.

Maxine, elle, n’en avait rien à foutre, elle jouait dans le sauna.

Elle m’a juste dit : « Maman, demain, en arrivant à la maison, je vais demander à papa qu’il nous fabrique un sauna ».

Il faisait beau. Froid, mais beau.

On s’est habillées et on est parties faire un dernier tour de la ville. C’était toujours très moche mais avec un grand ciel bleu c’était beaucoup moins flagrant. On a longé le fleuve gelé, c’était magnifique. Et ça reste d’ailleurs mon meilleur souvenir de tout le voyage puisque pendant 3 heure entières et consécutives, Maxine n’a pas fait de caprice. Elle courait partout, elle criait youpi et elle riait. C’était merveilleux.

Après on a mangé dans un restaurant puis on est toutes parties à la sieste.

En se levant on a fait nos sacs et on est parties à la gare. Un sac sur le dos, un sur le ventre, Maxine entre nous. Qui se laissait trainer en criant « J’ai froiiiiiiiiiiiiiiiiiiiid, je veux paaaaaaaaaaas marcheeeeeeeeeeeeeer et dans le train je vais pas dormiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii ».

J’ai posé tous mes sacs, je me suis mise à genoux pour être à son niveau (Montessori), je l’ai attrapé par les épaules, je l’ai regardé droit dans les yeux et j’ai dit « tu fais ce que tu veux mais moi je vais prendre le train pour rentrer à la maison parce que j’en peux plus. Si tu restes là je te rappelle que tu ne parles pas anglais et qu’on est qu’au début de l’hiver. Si tu décides de me suivre je te rappelle qu’il y a une fenêtre dans la cabine du train, vaut mieux pour toi que tu me laisses dormir » (Pas Montessori. Du tout.)

Maxine n’a plus rien dit.

Arrivée à la gare j’ai cherché désespérément un guichet pour savoir si Maxine pouvait dormir dans ma couchette et si, vraiment, on était obligées de changer de train à 5h du matin pour en prendre un autre deux minutes après mais assises alors que celui dans lequel on allait monter en premier allait lui aussi à Helsinki et avait des lits.

Le monsieur m’a juste dit « OK c’est bon ». J’ai craqué, je lui ai fait un câlin.

On est allé se poser au restaurant de la gare pour manger.

Quand l’assiette de Maxine est arrivée elle a tenté un ultime caprice. Elle ne voulait ni sa saucisse ni ses frites de patate douce. Qu’elle avait pourtant commandées elle même 10 minutes plus tôt.

D’abord j’ai vu des dizaines de paires d’yeux qui me fixaient. Il y avait beaucoup d’enfants dans le restaurant mais tous avaient un comportement irréprochable. Je voulais que la terre s’ouvre sous mes pieds. Et avale Maxine. J’étais à bout.

Je ne voulais plus crier, je n’avais plus de larmes pour pleurer.

Alors j’ai dit: « Mais enfin Maxine, c’est la saucisse que tu as fait griller hier et que tu n’as pas eu le temps de manger parce que tu t’es rendormie. Le Père Noël est venu la chercher pour te la mettre de côté et il t’a rajouté des frites magiques de son jardin avec. C’est pas génial ça? »

Maxine a souri. Elle a dit « mais qu’il est gentil ce Père Noël! ». Puis elle a tout mangé!

Si certains d’entre vous sont en train de s’étouffer parce que j’ai menti à ma fille je vous rappelle que je lui ai fait traverser la moitié de l’Europe pour rencontrer le Père Noël. UN PERSONNAGE FICTIF. J’étais plus à ça prés. Et je crois pas qu’il y ait beaucoup de parents, même les plus Montessoristes d’entre nous, qui veulent tellement pas dire de mensonge à leur enfant qu’ils ne parlent jamais du Père Noël. Donc zut.

Et puis des fois, entre l’infanticide et le petit mensonge… Vous m’avez compris.

Rassasiée par une saucisse et des frites magiques Maxine est redevenue l’enfant kiki de d’habitude (à domicile je veux dire) et a décidé de dépenser son argent de poche. Elle s’est acheté une peluche renne et des bonbons pour le train (oui j’ai laissé ma fille manger des bonbons à 21H. Si vous n’avez pas encore bien saisi l’état de décomposition psychique dans lequel j’étais, relisez les 4 articles précédents. En plus elle les a partagés avec nous sans qu’on lui demande.). Elle a aussi acheté un porte clé pour son papa.

On a pris deux minutes sur le quai pour dire au revoir à la Laponie et partager notre meilleur souvenir. J’ai dû prendre sur moi comme jamais quand Maxine a dit « ce que j’ai préféré c’est le sauna ».

On est montées dans le train. Maxine a dormi. Moi aussi.

Le lendemain matin on était à Helsinki.

Dieu merci il n’y a pas de vigipirate en Finlande et il y a donc un service de consigne de bagages en plein milieu de la gare. Donc on a pu tuer les 4 heures avant notre vol sans ressembler à des tortues.

D’abord on a été prendre un petit déjeuner avec les myrtilles les plus grosses du monde et le croissant le plus cher de l’univers.

Et puis…

Le quartier de la gare d’Helsinki c’est pas très joli et on avait pas vraiment le temps d’aller où ça l’est donc on s’est promené à pieds aux alentours. Il y avait une rivière avec plein de jolies maisons en bois au bord. C’était sympa.

Et puis…

Des aires de jeux PARTOUT!

Tous les 200 mètres. Des fois du haut du toboggan on voyait celui du parc d’à côté.

Donc, conseil d’amie, si, comme moi, vous avez un enfant qui a du mal à comprendre le concept du « après celui là c’est fini », ne foutez pas un pied à Helsinki. Vous n’en sortirez pas vivant.

Si en plus votre mère se transforme en enfant au contact de sa petite fille et en présence d’un trampoline… Comment vous dire.

Seule la faim les a fait arrêter le toboggan, le trampoline et descendre de la balançoire. On a trouvé un restaurant sympa. En attendant son plat Maxine s’est fait une copine à l’espace de jeux (pendant que moi je me demandais déjà comment j’allais la sortir de là pour aller à l’aéroport.) sans qu’aucune des deux ne parle la langue de l’autre. Certains aspects de l’enfance sont magiques.

Après manger on a récupéré nos sacs, on a repris l’escalator le plus long du monde mais en montée, on a repris l’avion, puis un deuxième, puis la voiture de ma mère, puis la notre.

Je ne me rappelle pas être arrivée à la maison. Je ne me rappelle pas non plus les quelques jours qui ont suivi.

Je ne sais plus si j’étais triste de comment s’était passé le voyage ou soulagée d’être rentrée.

Tout ce que je sais c’est que Maxine ne parle jamais de tous les caprices et les engueulades en Laponie. Et pourtant c’est la championne des vieux dossiers. Par contre elle parle souvent du Père Noël, de sa maison, du fleuve gelé, du sauna… Je lui ai fait un album photo et elle le regarde souvent.

Tout ce que je sais c’est que je ne repartirais JAMAIS en voyage avec une enfant de pas tout à fait trois ans pour rencontrer son idole. Mais merci la vasectomie, c’est de toute façon pas au programme.

Tout ce que je sais c’est que la photo du Père Noël reste les 50 balles les mieux investis de ces 5 dernières années. Au moins.

Oui bien sûr j’aurais aimé que tout ne soit que paillettes et biscuits de Noël. J’aurais aimé que ça ressemble à un film de Noël sur Netflix. J’aurais aimé n’avoir que des bons souvenirs.

Mais ce n’est pas le cas et je ne peux rien y faire. Si j’ai oublié la moitié des détails en un an et demi je finirais bien par oublier le reste et ne garder que le père Noël et le sourire de Maxine, le grand éclair vert et bleu dans le ciel et les petits chalets rouge à travers les arbres.

Maxine a rencontré le Père Noël, en Laponie, dans sa maison, à l’âge où elle y croyait de toutes ses forces. J’ai vu une aurore boréale. Maxine et sa mamie se sont fait de jolis souvenirs. Et ça, ça n’a pas de prix. Pour tout le reste…

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