Voyage voyage. Episode 4.

Un an et demi pour finir une histoire, je bats un nouveau record!

Donc, on avait vu le père noël, on allait voir les aurores boréales. (Si vous êtes paumés merci de relire les trois articles précédents, je me souviens déjà pas de tout moi même.)

On avait rendez vous à la tombée de la nuit au local de l’agence d’excursions. Il était tard, forcément, Maxine était déjà crevée.

On avait mis TOUS nos habits de ski. On nous a prêté des maxi combis extra doudou à mettre par dessus. Et des bottes méga fourrées.

On était une dizaine, le guide nous a expliqué que Maman, Maxine et moi on avait une voiture et un chauffeur rien que pour nous au cas où ce serait trop compliqué pour Max et qu’on ait besoin de rentrer. Sans me demander un centime de plus. Je voulais lui faire un câlin mais en bibendum c’était pas possible.

Après on a dû s’y mettre à trois pour fixer le siège auto dans la voiture. Ça nous a pris 20 minutes. Puis encore 10 de plus pour régler la ceinture. Parce qu’en méga combi Maxine n’avait plus du tout une taille standard.

On est parti à travers la forêt. On y voyait comme à travers une pelle. Il faisait un froid de canard. Le gars roulait à fond sur une départementale gelée. J’ai récité tout un chapelet dans ma tête.

Au bout de deux kilomètres Maxine dormait. J’ai choisi de voir le verre à moitié plein. Au moins elle était pas en train de faire un caprice.

Un moment on s’est garé au bord de la route pour rejoindre le reste du groupe. Le guide nous a fait scruter le ciel tout en nous expliquant quel gaz donnait quelle couleur aux aurores boréales et pourquoi. J’ai jamais aimé les sciences et j’ai trouvé que ça enlevait un peu à la magie du truc. Et puis le ciel était tellement noir que c’était difficile de visualiser le phénomène. Tout en traduisant à maman. On est reparti.

On a roulé une petite heure puis on nous a arrêté au milieu de nulle part et on nous a fait descendre en nous disant « c’est là ».

Ma mère m’a aidé à mettre Maxine sur mon dos dans le porte bébé et on a suivi le guide.

On ne voyait rien sauf la neige vaguement éclairée par la lune et le noir du ciel.

On entendait rien sauf le crissement de la neige sous nos bottes et le vent.

Maxine dormait dans le porte bébé et j’avais mal au dos et aux épaules.

Il faisait tellement froid que j’avais l’impression que mes poumons se décollaient à chaque fois que je respirais.

J’avais de la neige jusqu’à mi mollet, je galérais à avancer.

Je voyais pas le bout du chemin, ni le reste du groupe.

J’ai eu une pensée pour toutes les migrantes qui traversent les Alpes ou les Pyrénées avec leurs enfants dans les bras. Puis je me suis souvenue que j’étais en vacances, en train de faire une excursion à quelques centaines d’euros, pour voir un truc que peu de gens voient dans leur vie et je me suis foutue une tarte. Et j’ai continué à avancer.

Au bout d’un moment qui m’a paru très long, mais si ça se trouve c’était dix minutes, on est arrivé devant un petit chalet. Deux minutes après le reste du groupe nous rejoignait. Maxine s’est réveillée. Je me suis assise dans la neige avec elle sur les genoux et on a attendu en scrutant le ciel.

Il ne se passait rien. Mais Maxine était sage.

Après on nous a fait rentrer dans le chalet, qui était en fait un kota. Au milieu il y avait un feu et tout autour des bancs avec des peaux de rennes. On nous a donné du jus de myrtilles chaud et des saucisses à faire griller. C’était génial. Maxine s’est endormie couchée sur une peau de renne avec la tête sur les genoux de sa mamie.

Moi je faisais des allers-retours entre l’intérieur et l’extérieur pour ne rien rater au cas où. Il faisait 20 dans le kota et -20 dehors. A chaque fois je me prenais 40 degrés de différence dans la tête. C’était vivifiant. Au bout de trois fois j’ai cru que j’allais me trouver mal. Le guide m’a expliqué que je pouvais attendre dedans, il viendrait nous chercher si les aurores pointaient le bout de leur nez.

Je me suis donc assise. Mais après trois jus de myrtilles j’ai eu envie de faire pipi.

Toilettes sèches. Dans la neige. Moins 20 degrés. Deux combis à quitter. Je vous laisse imaginer. C’était épique. J’ai prié tous les saints pour que Maxine n’ait pas besoin d’y aller.

Quand je suis revenue Maxine s’est réveillée. On lui a donné une saucisse à faire griller. Elle avait un regard émerveillé. Encore plus que chez le père noël. Puis elle s’est rendormie avant même d’avoir mangé la saucisse.

Je suis ressortie pour fumer une cigarette dans le froid polaire et pile à ce moment là, une aurore boréale.

Ça a duré quelques secondes. Un éclair vert et bleu a traversé le ciel. Puis tout est redevenu noir. C’était magique. J’étais tellement sur le cul que je suis restée debout dans la neige sans bouger pendant un long moment. Pour me remettre. Et pour imprimer ces quelques secondes dans ma tête pour toujours.

On a attendu encore une heure. Il n’y a pas eu d’autres apparitions lumineuses. Il était très tard. Maxine dormait toujours. On a demandé à notre chauffeur de nous ramener.

Sur le chemin du retour on a croisé plein de rennes sur le bord de la route. C’était magnifique. Jusqu’à ce qu’un traverse la route devant nous faisant ainsi piler le chauffeur et défiler ma vie devant mes yeux.

On nous a déposé devant notre appartement. Maxine dormait tellement profondément qu’on a réussi à la sortir de ses combis et la coucher sans qu’elle se réveille.

Il était 3h du matin. J’étais épuisée. Je me suis couchée contre ma fille un sourire débile sur les lèvres parce que, dans la même journée, j’avais vu le père Noël ET une aurore boréale.

J’ai aussi décidé qu’un jour j’aurais un kota au fond du jardin.

A 7h30 pétantes Maxine m’a réveillé en hurlant parce que… Elle avait pas mangé sa saucisse grillée.

On ne reprenait le train que le soir, on devait libérer le logement avant midi. Je me suis dit que la journée allait être longue. Très longue.

Suite et fin au prochain épisode.

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