Fusion déraison et obligation

Donc au bout d’un mois Arnaud est reparti travailler.

Ce jour là à 13H30 j’étais assise sur le canapé avec Maxine sur moi, il m’a fait un bisou, il m’a dit « bon courage » et comme il allait tourner les talons et partir j’ai eu une petite larme, il m’a réconforté et il est parti.

Voilà, c’était le moment où ma vie rêvée de mère au foyer allait commencer.

Sauf que…

Quand la porte de l’entrée a claqué j’ai senti une grande vague d’angoisse monter.

Quand j’ai entendu sa voiture démarrer j’ai cru que j’allais étouffer.

Et quand je l’ai entendu s’éloigner j’ai commencé à pleurer des torrents.

Ce jour là il m’a fallu presque deux heures pour me préparer à sortir de la maison avec Maxine. Et on a juste été faire un tour à pieds au lotissement en haut de la route. Pourtant j’avais l’impression qu’on montait l’Everest. Et quand au milieu de la promenade je me suis dit « oh ben en fait ça va » j’ai réalisé que j’étais sorti de chez moi avec un kiki sur la tête, pas maquillée, avec mes Uggs aux pieds et un vieux gilet tout pourri parce que j’avais pas de veste qui passait par dessus l’écharpe de portage. Du coup j’ai re-pleuré.

Les jours d’après n’ont pas été plus simples. Je n’arrivais pas à la poser, même pour aller prendre une douche, et en même temps je ne savais pas quoi lui dire, je n’arrivais pas à lui parler, je me sentais hyper seule, je n’arrivais pas à sortir de la maison. Je faisais des efforts pour être propre et à peu prés coiffée et maquillée pour Arnaud quand il rentrait mais j’avais l’impression de courir le marathon à chaque fois. Et je m’entêtais à faire du ménage au lieu d’aller faire la sieste avec Maxine (connasse de Bree). Je ne m’en rendais pas compte à ce moment là mais je m’épuisais à essayer de coller à l’image que j’avais de ce que je devais être à tout prix.

Et dans la liste des trucs qu’on avait pas prévu, Maxine pleurait beaucoup, tout le temps. Et elle trouvait absolument inacceptable de dormir ailleurs que dans les bras de ses parents. Y’a des jours où j’ai compris comment on pouvait en arriver à secouer son bébé. Et bien sûr tout de suite après je m’en voulais de l’avoir pensé.

Que celle qui n’a jamais laissé son bébé pleurer dans le berceau pour aller elle même pleurer sur le balcon me jette le premier biberon. Je sais que les cris de bébé sont fait pour être insupportables pour qu’on s’occupe d’eux tout de suite mais je pense qu’ils auraient pu faire un peu plus soft. Genre le bip de la voiture quand t’as pas mis ta ceinture. C’est assez chiant pour que tu finisses par mettre ta ceinture sans pour autant te donner envie de jeter ta voiture du haut d’un viaduc. Je dis ça, je dis rien.

Spécial big up à ma maman et ma cousine Sylvie qui ont été de précieux conseils à ce moment là. Merci, du fond du cœur, merci. Et désolée Arnaud, je sais que tu m’avais déjà dit tout ce qu’elles m’ont dit mais j’avais besoin de l’entendre venant d’autres mamans.

Et pourtant, je n’arrivais pas à la poser. J’étais encore en pleine fusion avec ma fille, au point que quand des fois Arnaud levait la voix parce qu’il n’en pouvait plus je l’aimais moins lui. Littéralement. Comme si y’avait une jauge d’amour à droite de l’écran qui baissait à chaque fois. Autant vous dire que le jour où il lui a dit « Maxine t’es pas raisonnable c’est pas possible de pleurer comme ça » il a perdu une vie direct. Game Over recommence sans sauvegarde. Oui je sais c’est très con mais je vous rappelle que j’ai mis « déraison » dans le titre de cet article.

J’avais l’impression qu’il ne l’aimait pas, ou pas assez, ou pas comme il fallait, alors je m’épuisais « à l’aimer pour deux », à être toujours douce toujours à l’écoute, toujours aimante, à la couvrir de bisous, de câlins, de mots doux. J’étais « obligée » de l’aimer, elle était là, et je ne pouvais pas m’autoriser à la trouver pénible deux minutes, j’aurais été une mauvaise mère. J’avais trop peur qu’on la traumatise pour toujours. Et pourtant Dieu sait que des fois je voulais la jeter par le balcon. (Ma psy m’a dit pas plus tard qu’hier soir que c’était normal de le penser, détendez vous, j’allais pas le faire, d’ailleurs je l’ai pas fait, pour l’instant).

En fait j’étais complètement perdue entre la fusion et un amour incommensurable pour ma fille, le sentiment tellement affreux quand j’avais une pensée négative à son égard et l’obligation de l’aimer même quand elle était à deux doigts de me faire perdre la boule et la déraison complète (sûrement liée à la fatigue) qui déformait tout, qui faisait que je voyais tout en pire et que je m’en prenais à Arnaud, ou à la terre entière (oui parce que les gens se permettaient encore et toujours des petits trucs et ça me mettait dans des états de colère et/ou de tristesse impressionnants. Sérieux, les gens, fermez là des fois!).

Et par dessus tout, j’avais l’impression, de ne pas m’en sortir, de faire n’importe quoi.

Au bout de quelques semaines j’ai écrit ça sur facebook:

Dans la liste « ce que j’aurais aimé savoir avant d’être maman » :
J’aurais aimé savoir que j’allais passer mon temps à me comparer aux autres mamans et toujours me trouver nulle.
J’aurais aimé savoir que j’allais passer mon temps à comparer mon bébé aux autres et toujours penser que c’est de ma faute quand elle fait pas comme les autres. 
J’aurais aimé savoir que je serais angoissée tout le temps et surtout dès que je dois sortir de chez moi parce que dès que ma fille pleure plus de 5 minutes y’a dix personnes autour de la poussette qui me donnent des conseils que j’ai pas demandé (« elle a peut-être faim ? », « oui sûrement mais j’essaie de voir combien de temps elle peut tenir avant de clamser, connasse. »)
J’aurais aimé savoir qu’absolument tout le monde a un avis sur l’allaitement. Même celles qui l’ont jamais fait. Même celles qui ont pas d’enfants. Même les hommes. Et qu’il est tout à fait acceptable apparemment de donner cet avis quand j’ai rien demandé. Surtout quand j’ai rien demandé.
J’aurais aimé savoir que certains jours je penserais devenir folle tellement j’ai l’impression de pas m’en sortir et de faire n’importe quoi.
Bref, j’aurais aimé savoir qu’être maman c’est pas juste difficile c’est « oh putain de sa mère hyper difficile » et pas l’image édulcorée qu’on nous donne partout à nous les femmes, parce qu’il ne faudrait surtout pas qu’on s’autorise à dire ce qu’on ressent, à admettre nos difficultés, à reconnaître nos faiblesses, parce qu’ on doit être des wonder woman qui gèrent le bébé, la maison, la carrière et la vie sociale tout en gardant le brushing impeccable. Et puis c’est vachement politiquement incorrect de dire « mon bébé me rend marteau ». Apparemment. 
Et je vous parle même pas du discours de nos mamans qui par la force du refoulement ont l’air d’avoir oublier qu’elles en ont chié quand on était petites. 
Voilà voilà, ça fait du bien de le dire.

Je ne l’expliquerais pas mieux aujourd’hui, en plus je crois que j’en ai oublié pas mal (refoulement, quand tu nous tient). Voilà. Donc on peut dire sans hésitation que le deuxième mois j’en ai chié grave (oui c’est le plus poli que je puisse faire) et qu’encore une fois, ce n’étais pas du tout ce que j’avais imaginé, mais apparemment je suis pas au bout de mes peines.

Après l’écho du cinquième mois quand on a su que tout allait bien et qu’il n’y avait aucun soucis de santé j’ai dit à ma meilleure amie « ouf, maintenant je suis rassurée, tout ira bien, je vais plus me faire de soucis ». Ce à quoi elle a répondu (parcequ’elle était enceinte aussi) « Mais t’es con, on est partie pour en chier et se faire du soucis pour 18 ans. » Encore une fois je l’ai pas crue, j’aurais dû.

Un commentaire

  1. 18 ans de soucis ?? Heu… Comment dire…. À 18 ans ils ne font que commencer les soucis !! Et que l’on ait 30,50,80,90 ans…. On est toujours maman de son enfant !! Maman imparfaite d’un enfant imparfait !! C’est comme ça que l’on aime le mieux… On fait ce qu’on peut avec ce que l’on est et l’enfant que l’on a… Bises !

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