Lettre à ma mère

« Un jour tu auras un enfant, je te le souhaite, et tu comprendras. »

Je me souviens de ce moment comme si c’était hier.

Je venais de me prendre une gifle de l’espace option aller-retour et oreilles qui sifflent, que j’avais très largement méritée. Je sais pas comment t’as fait pour pas m’en coller plus. (En nombre ET en fréquence je veux dire.)

Maman je te promets qu’un jour je te ferais faire un mausolée. En marbre. Avec de l’or et des diamants dessus. Parce que vraiment, je sais pas comment t’as fait.

Et pourtant tu l’as fait.

Maman il y a tellement de choses pour lesquelles je voudrais te demander pardon que je ne sais pas par où commencer. Je suis désolée pour toutes les colères, les mots méchants, les portes qui ont claqué, la fois où j’ai fait le mur, les mauvaises notes, les scarifications, le soucis et pour toutes les fois en général où j’ai été affreuse avec toi (60% de ma vie, estimation personnelle).

Je ne sais pas comment tu as fait pour me supporter, surtout à l’adolescence, et je me rappelle qu’un jour de grande colère tu as dit « je sais pas ce que j’ai fait au bon Dieu pour avoir une fille comme toi, je te souhaite d’avoir la même! » . Franchement si tu pouvais annuler la malédiction ça m’arrangerais. Parce que si Maxine est un dixième aussi chiante que ce que je l’ai été je préfère démissionner maintenant. D’avance merci.

Je ne sais pas comment tu as fait pour travailler de nuit pendant 18 ans pour pouvoir être avec moi, je ne sais pas comment tu as fait pour que je ne manque jamais de rien avec un seul salaire, je ne sais pas comment tu as fait pour toujours m’obliger à respecter mon père alors qu’il ne le méritait pas, je ne sais pas comment tu as fait pour que la vie soit toujours jolie et un peu magique et qu’on soit toujours très entourées de gens adorables pour nous épauler.

Et par dessus tout je ne sais pas comment tu as fait ça toute seule.

Mais tu l’as fait.

Maman je voudrais te remercier pour tellement de choses…

Merci de m’avoir toujours appris le bonheur des choses simples, des petits cadeaux qui ne coûtent rien mais apportent tellement, des petites joies de chaque jour trouvées dans les choses les plus simples.

Merci d’avoir rempli ma vie de tous tes amis qui m’ont tant appris.

Merci de m’avoir fait voyager. Et merci de n’avoir rien dit quand à force de m’avoir donné la passion de la vadrouille j’ai voulu partir pour de bon. Merci d’être venue me voir partout où mes aventures m’ont menée.

Merci de ne pas m’avoir assassiné à chaque bulletin de notes honteux et de ne pas m’avoir forcé à continuer l’école trop longtemps mais de m’avoir appris la valeur du travail et de l’argent qu’on gagne « à la sueur de son front ». Merci de ne pas toujours avoir montré les fameux bulletins à mon père.

Merci d’avoir tout donné pour moi, toujours, en t’oubliant souvent toi. Merci de m’avoir toujours encouragée dans tous mes rêves, même les plus fous,même avec un peu de réserve. Pardon. Et merci.

Merci de m’avoir appris tant de choses. Le théorique comme le pratique. Merci d’avoir été de gauche quand t’as fait mon éducation politique. Merci pour les valeurs que tu m’as transmise.

Merci pour toutes tes phrases mythiques pleines de bon sens. Et tellement drôles aussi parfois.

Merci d’être aujourd’hui une si bonne mamie pour Maxine. Merci de te rouler à quatre pattes avec elle sur le tapis, de lui raconter des secrets, de tout faire pour la faire rire, de lui écrire des cartes à chaque fois que tu vas quelque part, de lui raconter des histoires devant la cheminée.

Merci pour tous tes conseils avisés et glissés discrètement, pour ton soutien et ton aide quand c’est trop dur, pour ton implication, pour ta mignonitude générale.

J’ai hâte que l’on se construise de jolis souvenirs toutes les trois.

Je souhaite à Maxine le bonheur de sauter dans les flaques, des parties de chatouilles, des pommes à la poêle et des compotes de pêches, des après-midi câlins quand il pleut, des dînettes sur le perron, des plateaux télé du dimanche, des weekends au ski, du camping sauvage, des repas entre amis, des fous-rire, des leçons de courage et de féminisme.

Je souhaite à Maxine une enfance aussi riche que ce que l’a été la mienne avec sa grand-mère.

Je lui souhaite d’être aimée et entourée comme je l’ai été.

Tout ça grâce à toi.

7 commentaires

    • Oui c’est vrai, en tout cas dans certains cas. On comprend mieux beaucoup de choses. Et oui, les scarifications, l’adolescence a été une période très sombre et douloureuse pour moi. Chacun fait comme il peut, personnellement j’ai marqué mon corps à vie quand c’était trop difficile. Depuis ça va mieux, j’ai remplacé les lames par les tatouages, on fait comme on peut…

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