Lettre à mon père

Papa,

Ça fait longtemps que je ne t’ai pas parlé ou écrit. J’espère que tout va bien où tu es et que ton paradis s’est encore embelli depuis que Johnny y est aussi. Parfois je vous imagine en train de boire du whisky et faire de la moto. Ça doit être chouette. Je t’imagine heureux et apaisé.

Tu me manques parfois. Mais comme tu m’as plus ou moins manqué toute ma vie c’est rien de bien nouveau. On a jamais été très proches, on a jamais partagé beaucoup mais quand même, il y a beaucoup de toi en moi, et en mes sœurs aussi, même si ça nous fait pas plaisir quand on nous le dit, t’as jamais été un super père mais tu as 4 filles extraordinaires, c’est déjà ça.

Ici tout va bien. Les gens m’emmerdent un peu mais je pense souvent à toi, quand tu disais qu’il ne fallait pas prendre les cons pour des gens. T’avais bien raison.

Je me suis mariée. Avec un homme fabuleux mais qui te ressemble étrangement. Tes bons côtés en tout cas. Et la barbe et les yeux bleus. Et aussi la passion pour la charcuterie. Ma psy dit que c’est un Œdipe fonctionnel.

Je vais avoir une fille moi aussi. Je suis heureuse et j’ai hâte d’être maman.

Enfin. Tout allait bien jusqu’à ce que j’entre dans mon septième mois de grossesse.

T’as déjà entendu parler de la mémoire traumatique ?

Quand t’es parti je me suis dit que tout irait bien. Tu m’a dit d’être heureuse et je m’y applique. On avait réglé tous nos problèmes et on s’était fabriqué quelques jolis souvenirs tes derniers mois, assez pour que je m’en sorte,comme je m’en suis toujours sortie. Sans toi.

J’ai toujours pensé que c’était cool que tu sois parti avant ma naissance, tu m’avais au moins évité le traumatisme du divorce. Je n’avais jamais connu mes parents ensemble, je ne savais pas ce que je ratais. (pas grand chose apparemment, vu l’homme que tu es devenu après). Et puis maman m’a toujours dit de positiver, j’avais deux fois plus de cadeaux à Noël, deux fois plus de vacances et une seule personne qui signait le carnet de note. Tout allait bien.

Sauf qu’aujourd’hui je suis en colère après toi comme je ne l’ai jamais été. Même dans les pires moments de mon adolescence.

Parce qu’aujourd’hui je revis des choses que j’ai vécu dans le ventre de maman. Quand tu es partie avec une connasse en nous laissant toutes les deux.

J’ai des cauchemars, des angoisses incontrôlables, des crises de larmes hystériques. J’ai toujours peur qu’Arnaud s’en aille. Et ça me gâche la vie. Comme si t’en avais pas assez fait de ton vivant.

Je ressens une colère et une violence au plus profond de moi et je ne sais pas comment la gérer.

Alors aujourd’hui je te le dis, tu as bien de la chance de ne plus être là. Et si, comme je le crois, un jour on se retrouve, tu vas passer un sale quart d’heure. (Tout comme ta connasse, je sais pas où elle est mais un jour je la retrouverai, j’ai deux mots à lui dire.)

Je vais m’en sortir parce que d’abord, je n’ai pas le choix, mais aussi et surtout, parce qu’à part le grand front et le caractère de merde tu m’as donné une sacré force. Enfin, tu me l’as pas donné, j’ai dû la développer à cause de toi, mais bon, c’est pareil.

Alors voilà, je te le dis parce que ça fait du bien, profites bien de ta moto au paradis parce que le jour où je débarque, je te crève les pneus.

Ta fille qui t’aime, quand même.

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