La première semaine dans « le monde d’après »…

… A ressemblé étrangement à celles du monde d’avant.

Entre colère, injustice, banque qui nous l’a faite à l’envers, mauvaise nouvelle et retour au travail pour Arnaud je peux dire que ce fut une belle semaine de merde.

Donc du coup je suis encore en retard mais j’ai encore de bonnes excuses.

Lundi dernier c’était le premier jour du dé-confinement.

De mon balcon j’ai vu mon village reprendre vie. Comme avant. Les masques en plus.

Il y a à nouveau 2000 bagnoles qui passent à toute allure devant ma maison malgré le panneau « roulez doucement pour nos enfants ». Déjà rien que ça, lundi matin de bonne heure, ça m’a foutu en forme pour la semaine. Non mais sérieux quoi, qui sont ces gens qui sont tellement pressés d’aller travailler qu’ils roulent à 80 sur une route à 50 au risque d’écraser Maxine si elle s’échappe ou moi quand je vais chercher mon courrier?!

Des cons. La réponse c’est: DES CONS!

Après je devais aller à la poste pour un truc urgent pour le prêt de la maison. J’ai mis Maxine dans sa poussette (elle était hyper contente), j’ai mis mon masque (j’étais un peu contente parce que j’ai un masque en tissus fait dans un vieux draps à fleurs de ma mère, vintage à mort!) et nous sommes parties. Bien sûre c’est ce jour là que l’ordi de la poste a choisi pour planter et nous avons fait 45 minutes de queue. Maxine était vachement moins contente. Mais elle en a profité pour tirer la langue à tous les gens qui portaient un masque. Surement parce qu’ils ne pouvaient pas lui répondre.

Le soir à 20h pétantes je suis partie au boulot. Et personne n’a applaudit.

Alors attention, je ne prenais pas les applaudissements personnellement et je n’attendais pas les encouragements de mes concitoyens pour aller travailler. Au contraire, ça m’énervait plus qu’autre chose parce que pour applaudir au balcon, y’avait du monde, mais quand les urgences étaient en grève, y’avait personne.

Pendant le confinement j’étais la seule qui allait sur son balcon à 20h pour crier après les gens qui applaudissaient.

Du coup lundi soir j’étais en colère parce que je n’avais personne sur qui passer mes nerfs et, surtout, parce que, comme je le craignais, à la minute où nous avons été dé-confinés les soignants sont repassés du stade de héros au stade de rien du tout.

Et du coup je me dis que si on a la mémoire aussi courte que ça ben ça présage pas grand chose de bon pour la suite.

Non parce que bon, on est semi-dé-confinés. OK. Mais le covid, lui, est toujours dans les parages. Et tous les patients en réa ne sont pas sortis de l’hosto lundi matin. Faudrait voir de l’imprimer ça un peu! Je pose ça là.

Ensuite quelque part de la semaine on a eu une prise de bec avec la banque. Je vous la fait courte: ils disent qu’on a mal compris, on dit que c’est des gros enculés.

Ça faisait très longtemps que je n’avais pas été aussi en colère après le système.

Ça faisait très longtemps que je ne m’étais pas sentie si impuissante. Et victime d’une aussi grosse injustice.

J’ai pleuré, j’ai tapé dans un mur, je me suis fait mal, du coup j’ai re-pleuré, du coup j’étais encore plus en colère après moi même, et après la banque.

Après j’ai crié très fort sur un monsieur que je pensais être un employé de guichet. En fait c’était le directeur de l’agence. A un moment je lui ai dit que j’allais foutre le feu à sa boutique. Bizarrement tout est rentré dans l’ordre. A une vache prêt hein, ça reste une banque, ça reste des enculés. Oui, je suis vulgaire, je l’assume tout à fait.

C’était très bizarre pour moi parce que j’ai été élevée avec une certaine notion de respect obligatoire pour tout ceux qui occupent un poste plus important que le mien, qui gagnent plus d’argent. Je sais pas si on tient ça de mon grand père, si c’est des vieux trucs de la campagne, ou de gens modestes… Toujours est il que jusqu’à mercredi il était absolument impensable pour moi de crier sur un banquier. Encore moins le mien. Je crois que j’avais peur.

En fait j’avais tort. Ils ont tellement pas l’habitude que les petites gens s’énervent que ça leur fait tout bizarre et ça leur remet un peu les idées en place. Et depuis j’ai l’impression d’être VIP. VIP des pauvres mais VIP tout de même.

Sérieux, vous devriez essayer.

Ensuite au niveau de la nouvelle maison, je suis à la recherche d’un plombier depuis deux semaines. Et j’en trouve pas! Celui qui devaient nous refaire la salle de bain a disparu pendant le confinement. Pfiout! Volatilisé! Et apparemment c’est pas le seul. J’ai l’impression qu’il n’y en a plus un seul dans toute la Lozère.

Alors c’est pas extrêmement grave, on peut tout à fait vivre avec un bac à douche de 90 par 90, une vasque des années 70 et une chasse d’eau qui fuit si tu coupes pas le robinet (le tout de couleur « vert vintage », pour ceux qui connaissent pas, ça veut dire « moche »), on est pas matérialistes pour deux sous. Mais franchement, sans demander la lune, je voudrais juste, au moins, changer la douche rapidement. Ne serait ce que parce que maintenant Maxine tient le pommeau toute seule (et tape un caprice si on la laisse pas faire). Et ça l’éclate. Du coup elle bouge beaucoup. Et avec un rideau de douche ça va très rapidement être ingérable. Donc si quelqu’un a un contact à me passer, il aura ma reconnaissance éternelle.

Cette semaine Arnaud a repris le boulot et comme on venait de passer deux mois collés-serrés à faire plein de trucs et à fond dans nos projets il m’a beaucoup manqué. Et pourtant il n’a travaillé que 3 jours. Mais c’était trop dur. A tel point que je me suis demandé comment on avait fait pour passer 6 semaines sans se voir au début quand je suis retourné chercher mes affaires en Australie. Bref. En même temps c’est rassurant. Je veux dire, il parait qu’il y a pas mal de femmes qui ont renvoyé leurs hommes au boulot à coups de pieds aux fesses. Je suis contente de voir qu’après bientôt 7 ans le mien me manque quand il quitte la maison plus de douze heures.

Jeudi Maxine est retournée à la crèche. Elle était hyper contente.

Vendredi Maxine a décidé de me rendre chèvre. J’étais hyper pas contente. Donc j’ai décidé que j’allais passer le samedi toute seule sur le chantier.

Le matin on a dit au revoir à nos moutons qui sont partis vivre dans le Cantal et après manger je suis partie, pleine d’énergie et de motivation.

C’était vachement bien, j’ai bien avancé, j’ai écouté Charles Trenet à fond en décollant de la tapisserie et en chantant à tue tête, j’étais refaite.

Vers 20h, juste quand j’allais célébrer cette journée de bonheur avec un petit verre de rosé , un coucher de soleil sur la ruine du château voisin et le bruit de la rivière j’ai appris qu’un copain de jeunesse venait de rejoindre l’éternité.

J’étais pas prête. J’ai pas compris. Ou alors j’ai très bien compris mais y’avait une partie de moi qui disait « non non, ça on va pas le prendre non ». Je saurais pas dire.

En plus de ça, à la nouvelle maison il y a très peu de réseau. Très TRÈS peu. Donc à peine avais-je entendu l’horrible nouvelle que ça a coupé. Et après j’ai passé une demi heure debout sur le muret à gesticuler pour essayer de pouvoir téléphoner. C’était le bordel. La dernière fois que j’ai autant galéré pour capter j’avais 15 ans, un Nokia 3310 et je passais le plus clair de mes après midi derrière le garage de ma mère pour essayer d’avoir une barre. Mais c’était en 2003, ça ne devrait plus arriver aujourd’hui. Même en Lozère!

J’étais très en colère.

Après mon pote qui, d’un seul coup, sans prévenir, n’était plus.

Après le petit Jésus qui se fout amplement de ma gueule ces derniers temps.

Après la vie qui est vraiment pleine de rebondissements dont on se passerait bien.

Après la téléphonie mobile qui nous fait croire qu’on est toujours hyper connectés à tout le monde mais qui nous plante quand on en a vraiment besoin.

De rage, j’ai déplacé l’armoire qui m’avait résisté toute la journée et dont je m’étais dit « c’est bon, Arnaud vient demain, avec ses gros muscles d’homme il me la déplacera en deux/deux ». Et du coup j’ai fini de détapisser la chambre. Ça m’a un petit peu calmé. Après j’ai mangé des croque-monsieur maison en regardant How I Met dans mon chalet mais au lieu d’avoir le goût du « samedi soir sans enfant avec un bon verre pour fêter une bonne journée de boulot et le calme tout autour » ils avaient le goût de « samedi le plus pourri de l’histoire ».

J’avais fini d’être en colère. J’étais juste triste.

Je ne reverrais plus jamais mon pote (même si ces dernières années on s’était au final très peu vu). On ne prendrait plus des cuites inopinées de début de semaine parce qu’il travaille le weekend. On ne jouerait plus au chochoi. On n’échangerait plus nos habits parce qu’on a perdu un gage à la con. On ne rigolerait plus du fait qu’on est vaguement cousins à je sais pas combien de degrés. Je ne l’entendrais plus raconter ses aventures au bal le dimanche matin.

Même si c’est des choses qu’on avait pas faites depuis longtemps. Même si c’est des choses qu’on ne faisait plus. On pouvait les faire si on voulait. Et c’était cool. D’un seul coup on ne pouvait plus. Et c’était nul. Et incroyablement triste.

Du coup j’ai été me coucher.

Dimanche Arnaud et Maxine m’ont rejoint. Ainsi que ma maman et son chéri. On a mangé tous ensemble sur la terrasse. Il faisait beau. Les oiseaux chantaient. Mon chéri avait fait des lasagnes chèvre/épinards. Ça m’a fait beaucoup de bien.

Ensuite Maxine est partie chez sa grand mère pour qu’on puisse peindre notre chambre.

Donc pendant que Maxine se roulait dans l’herbe, allait voir les vaches, retrouvait son petit copain Tao et sa marraine, apprenait à dire « on se calme! » et ramassait des champignons nous avons attrapé nos pinceaux.

Et c’est là que la saga des « problèmes de peintures qui foirent » a commencé.

A la base, notre chambre devait avoir trois murs rouge et un mur prune.

On a commencé par le rouge. Il tirait vachement sur le rose. On a mis une deuxième couche. Il était un peu plus rouge mais on voyait encore les coups de rouleaux. Et on avait plus de peinture pour faire une troisième couche. Du coup on s’est lancé dans le prune. Il était pas couvrant. Et on a pas eu assez de peinture pour faire un mur.

Résultat des courses, à 20h dimanche soir on avait une chambre mi « rouge mais on dirait que c’est Maxine qui l’a peinte » et mi « milkshake à la myrtille étalé à la queue de vache sur 80% de la surface ». Autant vous dire qu’on était pas ravis ravis. (La saga des « peintures qui foirent » est une série en plusieurs épisodes, pour la suite, merci de patienter jusqu’à dimanche, si je ne suis pas emprisonnée pour « meurtre sur un employé de Weldom » d’ici là).

Arnaud était presque prêt à se lancer dans la peinture de l’entrée mais moi je n’en pouvais plus, j’ai capitulé.

Quand je dis « capituler » je pèse mes mots. J’ai mangé Mc Do. Autant vous dire que j’étais vraiment au fond du seau.

Mais quel meilleur moyen pour clore une semaine de merde que de manger de la merde emballée dans de la merde qui va te péter ton empreinte carbone à grand coup de masse?

Et sinon vous, ça va?

Un commentaire

  1. Pour le plombier je te conseille de mettre une annonce sur le site AlloVoisins, c’est ce qu’il y a de plus pratique quand on ne connaît personne. Désolée pour le Mc Do, j’espère que tu vas mieux depuis 💚

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