L’homme moderne

Hier Arnaud est parti en vacances avec Maxine. Tout seul. Enfin tous les deux. Sans moi je veux dire.

Rassurez vous tout va bien entre nous. J’ai même carrément la chance inouïe d’avoir un mari qui prend très à cœur son rôle de papa, qui partage la lourde tâche qu’est celle d’être parent de manière parfaitement équitable et qui, en plus, cerise sur le gâteau avec supplément chantilly et copeaux de chocolat, est féministe.

Jackpot!!! (Bon il est pas parfait non plus hein, il est supporter de l’OM et il mange un animal et demi par jour. Mais quand même, quand je vois ce qu’on trouve sur le marché de nos jours, je mesure bien ma chance.)

Depuis que Maxine a à peu prés 3 mois j’ai pris l’habitude de partir avec elle à chaque fois qu’Arnaud travaille le weekend. Parce que quand Arnaud travaille le weekend il enchaine deux journées de 12h, il est fatigué, il a pas trop envie de parler et il aime bien planter des radis virtuels ou chasser la baleine avec sa manette de Xbox. Du coup je lui laisse de l’espace. (Et aussi, un peu égoïstement, parce que quand Maxine était toute petite j’étais un peu terrifiée à l’idée d’être toute seule avec elle 48h d’affilé sans personne d’autre à qui parler.)

Souvent j’allais chez ma mère. Parfois je partais en périple voir des copines. Bref, une fois toutes les trois semaines on partait à l’aventure toutes les deux avec la Fiat 500 pleine à craquer.

Et on a gardé cette petite habitude. Les weekends de boulot d’Arnaud sont devenus mes weekend « privilèges ». On va chez ma mère, on fait plein de trucs, on voit plein de gens, Maxine s’éclate avec sa mamie, moi je me ressource dans la maison de mon enfance, on se fabrique de jolis souvenirs, le samedi soir des fois je la laisse à ma mère pour aller voir mes copains de jeunesse, et des fois on se fait juste des plateaux apéro-dinatoires spatiaux et on discute dans la véranda toutes les deux jusqu’à pas d’heure pendant que Maxine dort. Parce que, cette bourrique, chez ma mère, elle dort comme une souche!!!

Depuis le déconfinement Arnaud ne travaille plus qu’en 12h (je vous passe le couplet sur la restructuration des plannings, la suppression systématique de tous les remplaçants, la surcharge de travail, l’impossibilité de faire notre métier exactement comme il devrait être fait et de manière plus générale le pavé sur la destruction du monde du travail social et le démontage des travailleurs sociaux à grand coups d’économies avec jamais aucune reconnaissance…).

Du coup je pars un peu plus souvent.

Pour lui laisser de l’espace mais aussi pour passer du temps avec ma maman. Parce que depuis que je suis maman moi même j’ai vachement plus de respect pour tout ce qu’elle a fait, j’ai envie de racheter toutes mes fautes de fille indigne à grand coup de câlins, et la vitesse à laquelle le temps passe me pousse à ne pas vouloir en perdre une miette. Et pendant le confinement elle m’a beaucoup manqué.

Du coup depuis quelques temps Arnaud me disait qu’il aimerait bien faire pareil de temps en temps. Pour me laisser de l’espace à moi aussi entre deux nuits, parce que je suis toujours partagée entre le besoin fou de dormir et l’idée que si je ne me lève pas pour passer du temps avec eux avant de retourner travailler je suis une mère/épouse de merde. Moi depuis que je suis mère je suis un peu schyzo, un peu bipolaire et complétement barrée (mais ça, je l’étais déjà un peu, beaucoup, avant).

Il y a quelques mois il était parti un weekend avec elle chez ses parents. Là il voulait partir trois jours et deux nuits et en vraies vacances.

Cette semaine il était en congès et moi j’enchainais trois nuits d’affilée. C’était l’occasion parfaite.

Arnaud pour ses premières vacances avec sa fille a sorti le grand jeu direct: ils sont partis passer deux jours dans un parc animalier. (Je peux aller me rhabiller avec mes visites à l’étable et aux clapiers à lapins chez les voisins de ma mère…). Elle adore les animaux, lui aussi. Il adore lui apprendre des trucs, elle aime bien l’écouter. On a des chèques vacances en pagaille et le parc du Pal est à 2h30 de la maison.

Il a, comme à chaque fois qu’il prépare des vacances, épluché tout internet, lu des commentaires, fait des études comparatives, recherché tous les bons plans.

Après il a réservé un Airbnb.

Encore après il a fait des listes.

Puis il a établi un programme détaillé et les menus pour le périple et les pique-niques. Et il a tout préparé tout seul. (Je l’ai juste un peu aidé pour la valise mais c’est juste parce que des fois il fait des assortiments que je qualifie de douteux mais qu’il trouve, lui, funky.)

Et ensuite il s’est mis à sauter partout parce qu’il était trop excité de partir à l’aventure avec sa fille.

On aurait dit un petit lutin. D’un mètre 80 et des brouettes mais lutin tout de même.

De mon côté j’ai fait une liste de tout ce que j’allais faire pendant qu’ils seraient pas là.

Tout en haut et en rouge j’ai écrit « DORMIR ». En dessous j’ai écrit « glander dans un transat avec un verre de rosé et les doigts de pieds en éventail ». Encore en dessous j’ai écris « ne rien foutre et kiffer la life ».

J’ai relu ma liste. J’ai trouvé qu’elle était très complète et que j’aurais peut être même pas le temps de tout faire. Je l’ai posé sur le buffet.

Donc mardi matin quand je suis rentrée du boulot j’ai été leur faire un bisou et me préparer pour aller me coucher dans le chalet. J’avais prévu de ronquer toute la journée jusqu’à ce qu’il soit l’heure de retourner bosser.

Premier problème: j’étais triste comme un parpaing, j’arrivais pas à les laisser, j’avais l’impression qu’ils allaient se rendre compte qu’ils avaient pas besoin de moi, qu’ils allaient jamais revenir, qu’Arnaud allait trouver une maman célibataire au bord de la marre aux hippos et qu’il allait partir avec.

Je me suis foutu deux gifles et je suis partie me coucher.

Bien entendu je n’ai pas pu fermer l’œil. Du coup je me suis levée pour manger avec eux en me disant que je ferais la sieste l’après midi.

Avant qu’ils partent je leur ai fait plein de bisous. Et des câlins. Puis re des bisous. On aurait dit qu’ils partaient à la guerre. Je me suis trouvé ridicule.

Maxine a passé la porte en disant « ouaiiis, cooooool, au zoo! ». C’était trop mignon.

Je les ai regardé par la fenêtre s’installer dans la voiture. Puis je suis sortie de la maison en courant pour aller leur faire un dernier bisous.

Ils sont partis. J’ai pleuré une minute. Je me suis foutu deux gifles. Je me suis servi un rosé. J’ai fumé trois clopes et je suis partie me coucher.

Deuxième problème: je n’arrivais toujours pas à dormir.

Alors là franchement je me suis vachement mise en colère après moi même.

Ça fait 22 mois que je dis que je suis fatiguée, qu’être maman c’est pas facile, que je voudrais du temps pour moi, que j’ai besoin de dormir et de penser qu’à ma gueule pendant 24h. J’ECRIS UN BLOG LA DESSUS B****L DE P****N DE M***E!!!

Et maintenant que je les ai les fameuses 24h je chiale parce que mon bébé me manque?

On peut en parler ou pas? Qu’est ce que c’est que cette folie qui nous prend à peu prêt à la minute où on nous pose le bébé sur le ventre? Comment ça s’organise? Y’a un remède ou pas? Non parce que là ça va pas être possible personnellement.

Bref, du coup j’ai fait ce que je fais à chaque fois que je suis énervée, j’ai mis la musique à fond et j’ai fait tout le ménage de la baraque. A fond. La poussière et tout.

Après c’était plus du tout l’heure d’aller faire une sieste du coup j’ai regardé une série sur Netflix que je n’aurais pas pu regarder si Arnaud était là. Parce que j’aurais eu honte qu’il me voit regarder une merde pareil et qu’il me quitte dans la foulée.

Et je me suis fait les ongles. Ça faisait longtemps, ça fait du bien.

Et je suis retournée bosser.

Et ce matin, pas moyen de dormir non plus. Enfin, pas plus de 4 heures. Du coup 7h de sommeil en 48h c’est un peu juste. En plus c’est même moins que si Arnaud et Maxine étaient restés à la maison.

J’en suis donc à 20 gifles auto-collées et 4 litres et demi de café.

Mais ma maison est propre et rangée et cette après midi j’ai passé deux heures avec une copine que j’avais pas vu depuis longtemps, c’était cool et ça fait du bien aussi.

Et je me suis maquillée. Beaucoup. Un peu parce que j’avais le temps, beaucoup pour camoufler les valises sous mes yeux. J’ai utilisé des pinceaux que je savais même plus que j’avais. Et de la base camouflante verte. Et de l’eau de teint. Et du highlighter. Du blush ET du bronzer. Et au moins quatre ombres à paupière différentes. J’ai fait un dégradé et tout! En fait quand je suis arrivée au boulot les enfants m’ont pas reconnu tout de suite.

J’ai également bien avancé la première saison de cette série honteuse. Oui, parce que, malgré tous mes grands principes et discours sur l’abrutissement des masses par la télévision, je suis LA cliente idéale pour ces merdes là. C’est d’ailleurs pour ça qu’on a pas la télé. Quand je vois le choix de programmes qu’il y a sur Netflix et les merdes que je finis systématiquement par regarder je me dis que c’est un bon choix. Très bon même. Limite vital! Sinon je serais capable de regarder NRJ12 en arguant que c’est une étude sociologique. Alors qu’en fait je veux juste vraiment savoir si Shanna et Kevin vont finir ensemble. Des fois je me déteste, vraiment, je vous jure.

Bref.

Le plus important c’est que pendant que je m’enfonce un peu plus dans la folie maternelle Arnaud et Maxine, eux, s’éclatent.

Le trajet s’est à peu prés bien passé, le Airbnb est très bien, Maxine est très mignonne, Arnaud est très content.

Ils ont été acheté des chaussures pour Arnaud. Maxine l’a aidé à choisir en lui amenant plein de paires à essayer. Dont, entre autres, une paire de sandales roses en 34.

Donc aujourd’hui c’était leur première journée. Maxine a vu plein d’animaux, elle a préféré les zèbres, elle voulait leur faire des bisous (telle mère telle fille), elle a mangé son goûter en regardant le carrousel, fait du petit manège, regardé les grands manèges, fait un tour de bateau (qui apparemment s’est avéré un peu long et dont elle voulait sauter à la fin), du petit train et tout et tout. Elle a aussi refusé de faire la sieste toute la journée pour finalement s’effondrer dans sa poussette alors qu’elle venait de faire traverser tout le parc à son père pour retourner voir un truc. Elle s’est endormi deux minutes avant d’y arriver. Et pour pas que son père prenne trop confiance elle lui a quand même fait deux caprices intergalactiques au moment de partir. (On approche dangereusement des « terrible two », je songe à disparaitre de la face du monde quelques mois.)

Et demain ils y retournent!!!

Mention spéciale à mon homme qui, alors qu’il est pas branché photos, et encore moins selfie, a mitraillé Maxine toute la journée pour que je suive leurs aventures. Et que je documente l’article avec plein de mignonitude. Merci mon chat d’amour.

Alors voilà. Ce soir j’attaque ma troisième nuit, je suis exténuée (mais y’a une soirée spéciale Sardou sur la 9 alors ça va), demain matin en arrivant chez moi je m’auto-assome à coups de pelle pour dormir. Mon bébé me manque et je m’en veux d’être très exactement LE genre de maman qui peut pas passer 24h loin de son enfant sans pleurer alors que j’avais juré que je serais pas comme ça. Disons qu’au moins je m’en rends compte et que je peux bosser dessus. C’est un début. Et je le montre pas à Maxine.

MAIS…

Pendant ce temps là Maxine s’éclate avec son papa et passe un moment privilégié avec lui (en passant, comme je n’en ai jamais eu avec le mien, j’ai toujours rêvé de ça pour elle, et j’ai même pas eu à demander!), ils font plein de trucs, ils rigolent comme des baleines et ils se fabriquent de jolis souvenirs rien qu’à eux.

Pendant ce temps là mon homme est THE homme moderne et s’implique à fond dans son rôle de papa. (Je sais que c’est pas le seul, mais malheureusement c’est pas encore la majorité.).

Pendant ce temps là mon homme est un mari au top qui comprend que les mamans ont besoin de temps pour elles. Même si une fois qu’on leur donne elles ne savent pas quoi en faire.

Pendant ce temps là ils sont heureux. Et ça, ça n’a pas de prix.

Pour tout le reste…

Un commentaire

  1. Le Pal, j’adore ce parc !

    Bon tu veux pas nous dire ce que c’est, cette série dont tu as honte ? Alleeeeeez ! On en a toutes une ! Moi c’est Glee (honte parce que ça chante dedans et normalement je déteste quand ça chante dans les films et les séries)…

    J'aime

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