Confinement, saison 2

Le genre de série qui aurait largement mérité de ne faire qu’une saison un peu pourrie et vite arrêtée, mais non, c’est reparti pour un tour.

Alors j’aimerais vous dire que je vais tenir un journal du confinement heureux cette fois aussi mais, très franchement, ça part mal.

Hier soir quand Manu s’est adressé à nous je partais au boulot (va-t-on nous applaudir à nouveau? Ou juste continuer à nous la mettre bien profond? C’est pour un ami.) ET j’avais Maxine dans la voiture qui hurlait « tuuuuuuuuuuuuuuuuuu veuuuuuuuuuuuuuuux paaaaaaaaaaaaaaaas le mooooooooooooooooonsieur quiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii paaaaaaaaaaaaaarle! ».

En même temps je la comprends, moi non plus je le supporte pas. Surtout quand il parle.

Quand je suis arrivée au boulot j’ai laissé Maxine à Arnaud, on a échangé un regard dépité et un bisou et je suis partie bosser.

En sortant du boulot, pour des questions pratiques et parce qu’il nous manquait trois conneries avant de se confiner j’ai été faire les courses.

Première erreur.

J’étais debout depuis 24 heures.

Deuxième erreur.

Je suis arrivée sur le parking 10 minutes avant l’ouverture du supermarché, c’était déjà moitié plein. Après je vais pas blâmer les gens qui vont faire les courses pour se préparer à ne plus sortir, après tout, j’y étais, moi aussi, sur ce putain de parking.

J’ai mis mon masque, j’ai pris mon caddie et je me suis mise en rang dans la file comme la fille bien élevée et disciplinée que je suis. J’ai donné une pièce au Monsieur qui avait senti une bonne occasion et qui jouait de la guitare devant le magasin.

Deux minutes avant l’ouverture y’a l’équivalent d’un car du club du troisième âge qui est arrivé. Et c’est là que ça a commencé à partir en couilles. Ils sont tous arrivés en courant (c’est pour l’image hein, en vrai ils marchaient juste vite) et ils ont doublé tout le monde pour être le plus près possible de la porte. Des fois qu’ils rateraient le dernier paquet de pâtes de toute la Lozère! Mention spéciale à Mamie Chiante qui parlait à sa fille au téléphone en haut parleur, et nous faisait donc tous profiter de la richesse de leur échange, qui, quand sa fille lui a dit « prend pas de PQ, j’ai réussi un coup hier, j’ai 48 rouleaux » lui a répondu « j’en prendrais quand même au cas où ». Respect des aînés ou pas, je te souhaite la dysenterie vieille chouette. (J’ai mis chouette mais je pense pute, en vrai).

Quand les portes se sont ouvertes on aurait dit le départ du grand prix version « vieux avec des caddies » et option « 3 septembre 1939 ».

J’étais tellement sidérée que j’ai perdu 10 places dans la file. Et j’ai eu le temps de me rendre compte que personne ne se désinfectait les mains avant de rentrer. Du coup pendant que je frottais les miennes comme une personne normale et civilisée je me suis permis de crier à la cantonade « ben oui, vous désinfectez pas, c’est le manque de PQ qui tue en ce moment ». Ça a servi à rien. Mais ça m’a fait du bien.

J’ai commencé à avoir une boule aux ventre. J’ai pris une minute pour regarder autour de moi.

Troisième erreur.

Manque de bol c’est la nuit dernière que les frigos de mon supermarché habituel ont eu un problème technique. Et du coup ce matin ils étaient moitié vides. Créant ainsi une scène de panique générale. (J’avoue même moi j’étais pas bien, il me fallait un bloc de gruyère). J’ai eu l’impression de vivre la première scène de la série « l’effondrement » (que je conseille toujours fortement même si elle fait flipper sa mère). C’était horrible.

Mais j’ai décidé de ne pas céder à la panique parce que je me suis rappelé qu’on ne mourrait pas de manque de gruyère. Et j’ai utilisé mon intelligence pratique à la place. C’est à dire que pendant que tout le monde se battait pour des coquillettes et du comté j’ai profité de l’absence TOTALE de clients au rayon alcool pour choisir correctement mes cubis, mes bières et calculer le nombre « d’apéros à deux » potentiels sur les 4 semaines à venir pour ne pas manquer. (Oui je l’avoue sans problème, je peux passer 4 semaines sans fromage, mais pas sans rosé. Faut pas déconner non plus).

Après j’ai fini mes courses normalement, big up à moi même, je n’ai pris que deux paquets de pâtes. Alors qu’il en restait au moins 10!

Après je suis rentrée chez moi.

J’ai déjeuné avec mon homme et ma fille, j’ai appelé ma mère pour lui dire que j’irais la voir dans l’après midi et je suis allé me mettre en pyjama.

Sur le chemin j’ai regardé mon téléphone.

Quatrième erreur.

J’ai vu qu’il y avait eu un attentat.

J’ai pensé à Marine Le Pen qui devait sabrer le champagne parce qu’elle va bientôt être présidente de la République.

Et j’ai été me coucher le coeur gros.

En me levant j’ai sauté dans ma voiture pour aller chez ma mère, j’avais calculé, si je voulais être rentrée avant le couvre feu, en comptant la route et tout le bordel, j’avais 4 heures à passer avec elle. J’ai fait ma « petite fille unique egoïste » et j’y ai été sans ma fille à moi pour avoir ma maman rien que pour moi.

J’ai réussi à trouver du gruyère sur la route, il restait deux blocs, il m’en fallait deux, un pour moi et un pour ma mère, j’ai taclé deux vieux et je les ai pris (oui, parce qu’au bout d’un moment, la politesse ça suffit!).

Et j’ai été voir ma mère.

Quatre heures dans la véranda. Deux à pleurer. Moi, pas elle. Elle, elle faisait la maman, elle me faisait des câlins et des croutchcroutchs dans le cou et des bisous sur le front en me disant de pas pleurer. Elle m’a servi du thé, fait manger des cookies. Puis voyant que ça ne suffisait pas, elle a sorti l’apero. Le coucher de soleil avait une lumière de fin du monde. Je regardais ma Maman comme si c’était la dernière fois. J’écoutais tout ce qu’elle me disait avec plus d’attention que tout au long de ma vie compilée. Même ce qu’elle m’avait déjà dit. Trois fois. En deux jours.

On a parlé de tout et de rien, tiré des plans pour noël, prié très fort (moi à Jesus, elle à l’univers) qu’on pourrait passer Noël ensemble, partagé nos peurs et notre vision du monde.

Elle m’a donné de quoi manger pendant 10 jours, elle m’a refait un câlin, elle m’a refait des bisous, elle m’a dit « t’en fais pas, c’est pas la guerre », j’ai pensé « c’est pas ENCORE la guerre », je lui ai fait promettre de venir chez moi au moindre signe d’effondrement, je suis monté dans ma voiture et je suis partie.

J’ai pleuré pendant 10 kilomètres.

J’ai allumé la radio, ils annonçaient 3 attentats dans la journée.

J’arrivais à côté de chez mon ami Martin, il me restait 12 minutes de battement, je me suis arrêtée chez lui pour fumer une clope.

Ce qu’il m’a raconté restera pour toujours un secret entre nous deux mais jamais de ma vie on ne m’avait remonté le moral aussi rapidement et sans le faire exprès.

Après je suis rentrée chez moi.

Je suis arrivée à 21H02. On va dire que c’était mon petit acte de rébellion du jour.

Et donc depuis 21H04 je suis confinée. Et j’en ai gros sur la patate. Et j’ai sorti une bouteille de rosé.

Je m’appelle Amandine, j’ai 33 ans, je suis au fond du seau de l’angoisse et je ne sais pas comment je vais survivre sans ma maman pendant 4 semaines.

Du coup je me suis dit que j’allais vous écrire parce que ça me fait du bien de vous parler. Et que vous êtes vachement moins chers qu’une psy.

Et vous, comment ça va?

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