Même sans même sang

Oui, je me suis dit que les « chansons que j’ai honte d’aimer » pouvaient être la thématique de la semaine.

Bref.

Je vous ai pas parlé de mon plus beau cadeau de Noël cette année. De celui que tu désires de tout ton cœur, pour lequel tu pries un peu tous les soirs et que tu attends, tremblante et pleine d’espoir, le matin de Noël.

Mon cadeau à moi n’était pas commandé sur internet ou repéré dans un magasin, je n’ai pas glissé son nom dans la conversation 10 fois par jour jusqu’à ce que mon mari comprenne ce que je voulais.

Mon cadeau à moi dépendait entièrement des restrictions contre le covid, il avait besoin d’avoir un test négatif dans les 48h précédant sa traversée de la Méditerranée pour pouvoir arriver chez nous deux jours après Noël.

Mon cadeau à moi a été confirmé par un message Whatsapp le 22 décembre à 19h. « Test négatif, je rentre bien en France, à très bientôt ».

Mon cadeau à moi c’est mon parrain Jo et, depuis plusieurs années, il vit en Tunisie les trois quarts du temps. Il ne revient que deux fois par an, au mois d’aout et à Noël. Et ce Noël était encore plus important pour moi parce que cet été il a eu tellement peur de rester coincé confiné en France qu’il est reparti à toute allure avant même que l’on ait pu se voir. Cela faisait donc un an que je ne l’avais pas vu.

Avant que je naisse mes parents se sont mis d’accord, mon père a choisi ma marraine et ma mère mon parrain. Comme un signe précurseur de ce qui allait se passer plus tard, mon père a choisi une amie à lui, dont j’ai très peu de souvenirs sinon qu’elle était raide comme la justice, mais le plus marquant c’est quand vers 12 ans elle m’a dit « les filles de ton age je trouve pas ça intéressant ». Je n’ai plus jamais eu de nouvelles. Comme quoi avec mon père, ils étaient pas amis pour rien.

Mon parrain Jo c’est pas juste mon parrain, c’est tellement plus.

Déjà c’est le meilleur ami de ma maman. Et par meilleur ami je veux dire « frère qu’elle a jamais eu/ami/confident/conseiller/béquille psychologique/coach personnel » et j’en passe… Avec les années qui passent on dirait un vieux couple, je les appelle « mon équipe parentale », quand ils sont tous les deux ils sont à mourir de rire et trop mignons.

Et pour moi…

Pour moi Jo c’est bien plus que mon parrain.

Jo c’est ma figure paternelle.

Quand mon père a manqué à tous ses devoirs, il était là. Quand tout allait bien, il était jamais très loin. Quand tout allait mal, il était là. Quand tout allait vraiment très mal, il était là, très vite et pour plusieurs jours.

J’ai toujours vu ma mère très entourée, de toute une ribambelle d’amis plus ou moins proches, quoi qu’il arrive dans notre vie on a jamais été seules, mais par dessus tout je ne me souviens pas d’un événement important, pas un seul, où Jo n’était pas là.

Alors Jo c’est pas le mec hyper démonstratif qui te fait des câlins et des bisous ou qui te dit qu’il t’aime tous les trois jours, des fois il est perché à 8000 (c’est d’ailleurs pour ça qu’il est si drôle) et je pense sincèrement qu’il n’a pas vraiment idée de ce qu’il a pu faire pour nous et de combien on l’aime. Jo c’est plutôt le mec qui fait le bien autour de lui parce qu’il le peut et parce qu’il trouve que c’est normal, qui n’a pas d’enfant mais qui s’est beaucoup investi dans la vie de ses deux filleuls parce que, pour lui, la transmission ce n’est ni les gènes ni les biens mais les valeurs et la présence. Jo c’est des phrases réfléchies et bien placées qui te calment une ado en crise en deux deux et sans crier, c’est des conseils avisés, beaucoup de calme et de sagesse, une douceur dans la voix qui fait qu’on l’écoute même si on est pas trop d’accord et une épaule sur laquelle on peut pleurer cinq minutes avant de s’entendre dire qu’il faut se prendre le cul à poignées pour avancer…

Jo c’est le mec qui te parle de régime en mangeant des gâteaux et qui t’explique comment arrêter de fumer en te flinguant ton paquet de clopes, c’est des barres de rire à en avoir mal au ventre, c’est un sketch à lui tout seul, un croisement savant entre Monsieur propre et un bisounours.

Accessoirement Jo c’est ma caution anti « connards de la manif pour tous » quand ils essaient de m’expliquer pourquoi un homo ne devrait pas pouvoir élever un enfant. Jo c’est la preuve ultime que ces gens disent de la merde.

Jo c’est la seule personne que je crains plus que ma mère. Quand on a décidé de se marier avec Arnaud j’avais tellement peur qu’il m’engueule parce qu’on allait trop vite que j’ai pas osé lui dire et j’ai demandé à maman de le faire. (Ce qui était au fond très con parce qu’il était très content pour nous). A la mairie il a discrètement essuyé une larme. Il m’a amené à l’autel quand on s’est mariés à l’église et quand j’avais la trouille en attendant mon tour pour avancer il me racontait des blagues qui ont failli ruiner mon maquillage à 50 balles tellement je riais. Et quand il a donné ma main à Arnaud il m’a regardé et en riant il m’a dit « voici ton Dieu et maître ». Des barres de rire je vous dis.

Alors bien sûr quand Maxine est née il est devenu papi Jo. Même si elle ne le voit pas souvent elle sait qui c’est et elle l’aime beaucoup. Elle dit « Papi Jo il est en Tunisie, il voit du pays et il prend du bon temps. Il est chauve, il a perdu ses cheveux comme Gollum, mais enfin papi Jo! T’as volé le précieux ou quoi?! ».

Du coup quand il est arrivé chez ma mère le dimanche après midi on était toutes les trois très excitées. J’avais fait des crêpes pour l’occasion. Quand j’ai vu sa voiture se garer devant le garage, j’ai carrément eu une petite larme de joie. Et quand il a passé la porte je lui ai sauté au cou comme une gamine.

On a passé trois jours merveilleux (merci la tempête de neige qui a rallongé notre séjour) et c’était le plus beau « juste après Noel » de toute ma vie. Manger ses fameuses endives au jambon, parler politique pendant des plombes parce qu’on est pas d’accord du tout, regarder tomber la neige, faire des goûters à rallonge avec des pâtisseries ramenées de Monastir et les allumettes de son enfance, écouter ses histoires de jeunesse et ses aventures Tunisiennes, parler boulot et apprendre de sa longue carrière, le regarder imiter les animaux de la ferme pour faire rire Maxine, voir son attachement pour elle dans ses yeux, rire à en tomber de ma chaise au moins deux fois par jour… Trois jours qui resteront pour toujours dans mon cœur.

Cette semaine là j’ai aussi pu lui montrer notre maison, et j’étais trop contente qu’elle lui plaise, quand avec ma mère ils sont venu chercher Maxine pour le weekend parce qu’on avait du monde à la maison. L’entendre me dire « on vient chercher la petite » avec un sourire dans la voix m’a touché bien plus que je ne l’aurais imaginé. Et Maxine a passé un super weekend avec son papi et sa mamie.

Il est déjà reparti, il me manque déjà et j’ai sacrément hâte d’être au mois d’août. Dieu merci, en attendant, il y a Whatsapp.

Alors oui, Vianney a carrément raison, « y’a pas que les gènes qui font les familles, des humains qui s’aiment suffisent’.

Il parait que mon arrière grand-mère disait souvent que « les enfants qui ont pas de père, le Seigneur leur donne toujours un petit quelque chose en plus ». Moi il m’a donné Jo. Et je lui en suis infiniment reconnaissante.

Pour tout le reste…

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