Quarantaine, jour 1

Voilà, ça y’est, c’est arrivé, je suis en quarantaine.

Hier j’étais en formation. Aujourd’hui je devais y être aussi. J’étais hyper contente d’avoir une raison de me maquiller deux jours de suite. J’attendais cette formation depuis des mois.

Ce matin j’ai passé 20 minutes à me faire les yeux avec non pas deux mais trois ombres à paupière différentes et encore 5 minutes de plus à me faire un trait d’eye liner qui ressemblait parfaitement à celui que j’avais fait de l’autre côté.

C’est pile au moment où j’allais monter dans ma voiture avec mon manteau de pin up et des chaussures assorties à mon sac à main (et aussi ma poubelle, parce que je suis classe mais pas trop quand même) que mon téléphone a sonné.

C’était mon chef.

J’étais cas contact.

Je suis rentrée chez moi, j’ai posé mon sac à main, quitté mes chaussures, remis mes Uggs et ma vieille polaire. J’étais fanée.

J’ai commencé par appeler ma mère pour lui dire de rester chez elle, elle devait venir garder Maxine cet après-midi.

Après j’ai appelé l’ARS pour savoir si je devais me faire tester aujourd’hui. Ils m’ont dit que non vu que j’étais en contact avec une personne positive hier il fallait attendre.

J’ai rappelé mon chef qui m’a dit de me faire tester demain ET la semaine prochaine.

J’ai calculé que j’allais me faire violer le nez deux fois en 7 jours. Je me suis demandé si il était trop tôt pour boire un rosé. J’ai regardé la pendule. Il était effectivement beaucoup trop tôt. J’étais encore plus dégoûtée.

J’ai appelé la pharmacie. Ils ne font pas de test PCR.

J’ai appelé le cabinet infirmier, ils étaient injoignables, j’ai laissé un message.

J’ai réalisé que je n’allais pas pouvoir voir mon meilleur ami demain et que Maxine ne pourrait sûrement pas aller en vacances chez sa mamie la semaine prochaine.

J’ai re regardé la pendule. C’était toujours pas l’heure de l’apéro.

Donc je me suis fait un café et j’ai fumé un demi paquet de clopes.

Arnaud est allé faire les courses, je suis resté avec Maxine elle a été hyper kiki.

Après manger Arnaud est parti au boulot (parce que « cas contact d’un cas contact » ça existe pas sur le site de la secu, et heureusement, sinon y’aurait plus un seul soignant depuis un an), Maxine est partie à la sieste et moi j’ai passé ma rage sur le tas de branches au fond du jardin. Il est maintenant bien coupé en petit morceaux et bien rangé sur les étagères de l’appentis.

Après j’ai fait le repassage. C’est à ce moment que l’infirmière du village m’a rappelé. Ils sont hyper charrette mais obligés de me tester donc demain ils vont m’appeler entre 10h et 13h et j’aurais 10 minutes pour monter au cabinet me faire tester. J’ai réfléchi que je serais seule avec Maxine et que ça allait être coton de la charger dans la voiture à l’arrache en deux minutes tout en lui expliquant que maman allait se faire mettre un coton tige géant dans le nez. (Oui j’ai regardé la pendule, non, c’était toujours pas l’heure de me coucher sous un cubi).

Après la sieste j’ai expliqué à Maxine qu’elle ne verrait pas tonton Michael parce que peut être que maman avait le virus qui fait que Manu nous interdit des trucs depuis la moitié de sa vie. Elle était triste, j’étais triste, du coup on a fait des crêpes.

J’ai retrouvé le sourire quand en buvant un mug géant de thé elle m’a dit « on profite bien avec maman, on est trankilous trankilous ».

Après on a été se promener. Puis on a lu des histoires. Puis elle a pris sa douche. Puis elle a voulu regarder Pocahontas pendant que je préparais le dîner.

C’est au milieu de mes casseroles que je me suis dit qu’il fallait voir le verre à moitié plein (et que dans moins de deux heures il le serait pour de vrai et que je pourrais enfin le vider), que déjà la quarantaine me donnait un sujet quotidien pour le blog, plus de temps avec Maxine et des heures de sommeil en plus.

Et c’est pile à ce moment que Maxine est arrivée en hurlant dans la cuisine « tu veuuuuuuux pluuuuuuuuuus Pocahontaaaaaaaaaas, tu veuuuuuuuuuuuuuuuux Raipooooooooooooooooooooooonce! »

J’ai rassemblé ce qu’il me restait d’énergie pour expliquer que non, maman n’allait pas changer le DVD à 5 minutes de passer à table surtout que maman avait les mains dans la vaisselle, la soupe sur le feu et l’eau des pâtes proche de l’ébullition.

Elle a continué à hurler en tapant de pieds en plus.

J’ai pris une inspiration de yoga, j’ai compté jusqu’à 3, j’ai répété tout bien calmement.

Elle a continué à hurler en tapant des pieds et en jetant ses doudous par terre en plus.

J’ai tenté de faire diversion en lui proposant de choisir les pâtes qu’elle voulait manger.

Elle a ouvert le placard, elle a dit « des macaronis », elle a attrapé le paquet, il était ouvert, il s’est un peu vidé sur le carrelage de la cuisine.

J’avais toujours les mains dans la vaisselle, la soupe sur le feu et l’eau des pâtes bouillait furieusement.

J’ai dit « c’est pas grave, pose le paquet ».

Elle m’a regardé droit dans les yeux et elle a vidé la moitié du paquet par terre en craint « tu veux Raipooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooonce! ».

J’ai considéré mes options. La bouteille de vin sur le plan de travail, mes clés de voiture, la fenêtre… J’ai même pensé à mon passeport en me demandant sur quel site je pouvais trouver un test PCR négatif pour partir en Papouasie Nouvelle Guinée dans l’heure.

J’ai pensé à tous les Montessoristes, yogistes et autres parents hyper patients et bienveillants…

J’ai dit « MAINTENANTCASUFFITETJETEPREVIENSSITUCONTINUESC’ESTAULIT! », je lui ai donné une boite en plastique et je lui ai fait ramasser touts les macaronis pendant que j’enlevais la soupe du feu, faisais cuire d’autres pâtes et mettais la table. Elle pleurait plus. Je me suis dit que c’était déjà ça.

Je l’ai couchée, on a lu plein d’histoires et fait plein de câlins, tout allait bien.

En redescendant je me suis servi un verre de vin (je vous jure que j’ai entendu des Hallelujah) et j’ai décidé de relativiser.

Oui je suis en quarantaine mais ça pourrait être pire, je pourrais vivre dans un 9 mètres carré à Paris. Ou pire, à Dunkerque.

Si je suis testée négative la semaine prochaine ça m’aura au moins fait une petite semaine de repos avec ma fille.

Si je suis testée positive et asymptomatique j’enverrais Arnaud à la jardinerie et quand je pourrais ressortir mon jardin ressemblera à Versailles en à peine plus pentu.

Si je suis malade j’ai un aide soignant à domicile, il est hyper sexy.

Oui j’ai crié sur ma fille ce soir et je lui ai fait réparer sa bêtise mais ce que certains appellent de la violence verbale ou de la non patience moi j’appelle de l’éducation.

La cave à vin est pleine.

C’est la saison des semis.

J’ai le chalet à finir d’aménager.

Et si il arrête de faire un froid de connard (c’est comme un froid de canard mais en Lozère et en avril) je pourrais même aller y vivre en cas de test positif.

Ça pourrait être pire. Tellement pire.

Bref, je suis en quarantaine.

Et vous comment ça va?

Un commentaire

  1. Au bout d’un moment on n’a pas d’autre choix que de crier sur nos enfants, et puis franchement ça n’a pas eu l’air de la traumatiser ta poupette ! 😉
    Courage pour ta quarantaine, tu as raison de voir le verre (de rosé) à moitié plein ! ^^

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