Trois ans…

… Et six mois.

Le 21 septembre Maxine a eu 3 ans. Demain elle aura trois ans et demi.

Il y a plus de six mois que je n’ai rien écrit.

Il y a deux raisons à cela.

La première c’est que du fin fond de la dépression je n’ai pas réussi. Et les rares fois où j’ai essayé, parce qu’écrire « c’est thérapeutique », j’ai eu une crise d’angoisse de l’espace à l’idée d’ouvrir la boîte de Pandore de ma tête.

La deuxième c’est que ce que je voulais vraiment écrire n’est vraiment pas facile à penser, réfléchir et coucher sur du papier et que j’ai d’abord dû gérer tout le bordel de sentiments qui vont avec.

Aujourd’hui ça va un peu mieux et après 6 mois de pilules magiques pour ne pas me pendre au premier arbre que je croise (je vis dans la forêt, c’est hyper chaud) et le début du printemps qui est encore plus efficace sur mon moral, je me sens prête. Et puis de toutes façons la boîte de Pandore il va bien falloir la vider et tout re ranger bien dans l’ordre. Il parait que c’est ça la vraie thérapie. Alors allons y.

Donc le 21 septembre Maxine a eu 3 ans.

Cette année aussi j’ai pleuré.

Elle avait des demandes très précises mais très simples: une tasse marmotte repérée au tabac, un gâteau licorne choisi chez intermarché deux mois avant et une pinata. Licorne aussi.

On a pris tout ça plus le loto des odeurs parce qu’elle a un truc bizarre avec les odeurs et un nez très développé (olfactivement, pas physiquement, merci mon Dieu), des fois je l’appelle Jean Baptiste Grenouille. Mais elle a pas la ref. Donc ça ne fait rire que moi.

Sa marraine Stessi est venu passer l’après midi. On a goûté et on a démonté la pinata à grands coups d’épée en bois. C’était top et elle était ravie.

C’était une belle journée.

L’autre truc qui s’est passé au mois de septembre, quelque part aux alentours de ses trois ans, c’est que je suis devenue maman.

Pas d’un autre bébé hein, Dieu m’en préserve. Mais de Maxine.

Cette fameuse vague d’amour, genre tsunami émotionnel, dont on nous rebat les oreilles pendant 9 mois de grossesse, que dis je, depuis notre première poupée, et qui est censée arriver quand on te pose le bébé sur le ventre, celle que j’ai tellement attendu que j’avais fini par laisser tomber, celle qui en ne venant jamais me faisait remettre en question tous mes choix de vie depuis l’arrêt de la pilule. Elle est enfin venue.

J’ai toujours aimé Maxine, c’est pas la question. J’ai toujours été sa maman et j’ai fait le job, du mieux que je pouvais et en m’arrachant les cheveux la plupart du temps, mais je le faisais. Mais ce n’était pas un truc viscéral comme je me l’étais imaginé. Ce n’étais pas naturel. Ce n’était pas magique.

Je sais bien que j’avais souvent un œil sur l’horloge, que parfois, trop souvent, je comptais les heures qui me séparaient de son coucher, que je regardais ma bouteille de rosé un peu trop amoureusement, que pendant qu’on lisait des histoires ou qu’on promenait en forêt je faisais mentalement la liste de tout ce que j’aurais pu être en train de faire à la maison ou au jardin.

J’étais le genre de maman qui fait trois fois le tour du salon en chantant « libérée délivrée » quand elle avait posé sa fille chez mamie pour le weekend. Qui ne regardait pas spécialement son portable en soirée. Qui ne languissait pas. Qui apprécie un peu trop la maison propre et rangée le lundi matin et qui appréhende déjà la tempête qui va rentrer de l’école à 17h.

Bref je n’étais pas la maman que j’aurais voulu être.

Et puis c’est arrivé.

Et comme je ne m’y attendais plus ça a été hyper violent, genre feu d’artifice en pleine tête et en plein cœur, avec option larmes et crise d’hystérie. La totale.

Mais passé le moment de joie intense et les journées entières à la regarder comme si je venais de la rencontrer, à ne rien faire d’autre qu’être avec elle, est arrivé autre chose.

La honte.

Pas les remords, pas les regrets.

La honte.

Et ça c’était tellement dur que j’ai pas encore tout à fait fini de le digérer.

Du coup je ne sais pas encore trop comment l’expliquer ni quoi vous en dire. Mais je veux en parler quand même parce que je me dis que je ne peux pas être la seule à avoir vécu quelque chose comme ça. Tout comme je n’ai pas été la seule à vivre un post partum ou à faire une dépression. Et souvent, c’est con mais c’est comme ça, le plus réconfortant c’est pas quelqu’un qui nous tient la main en nous disant que ça va aller et en nous faisant la liste exhaustive de tous les trucs pour lesquels ça devrait aller. Non, souvent, le plus réconfortant, c’est d’avoir quelqu’un qui nous dit « moi aussi j’en chie, moi aussi j’ai vécu ça ». Parce qu’alors, même si ça ne va pas du tout, on arrête au moins de se sentir seule au monde et de penser qu’on est la pire des personnes et d’avoir tellement honte qu’on ne peut en parler à personne et qu’on s’enferme toute seule dans sa tête et dans son cœur et qu’on se laisse tellement bouffer par la culpabilité qu’il n’y a pas assez de bouteilles de rosé et d’anti-dépresseurs sur le marché pour nous sortir de cette marée d’idées noires.

Et puis un jour en promenant ton chien dans la forêt il y a un arbre qui te dis de te pendre à ses branches.

Et là c’est la fin des haricots.

Pour pas dire vraiment la merde.

Alors à toutes les mamans qui le sont devenues à la maternité, mazeltov.

Mais si quelque part il y en a une toute perdue qui ne comprend pas pourquoi c’est pas du tout comme on lui avait dit, t’es pas toute seule. C’est pas toi le problème. Je sais pas ce que c’est mais c’est pas toi. Et ne désespère pas. Ça peut changer. Et peut être que ça changera pas. Mais t’es pas toute seule. On est des milliers à se galérer, à regretter, à attendre, on a juste pas trop le droit de le dire et du coup on se retrouve toutes seules. Et c’est pourri.

Alors six mois plus tard, on en est où?

Je vois enfin la lumière au bout du tunnel. Et c’est pas dommage.

Je suis retournée voir ma psy.

J’ai passé du temps avec mon amie psy. (Parce que deux précautions valent mieux qu’une.)

J’ai arrêté de poser des questions sur la maternité à des femmes qui sont clairement des mères nées et j’ai échangé avec des mères « plus longues à la détente », ça court pas les rues mais ça se trouve. Et aussi avec des femmes qui ne veulent juste pas d’enfant et qui, pendant que je me bats avec mes sentiments, elles, se battent avec la société toute entière. A choisir je préfère ma place. Au moins je me bats toute seule avec moi même.

J’ai décidé que je n’étais pas une horrible personne mais plutôt croisée avec un éléphant et un koala. Je vois pas pourquoi on devrait toutes mettre 9 mois à devenir maman alors que chez d’autres espèces ça prend plus de temps et que même des fois le bébé se finit à l’extérieur du corps de sa maman.

J’ai bloqué tous les comptes instagram des mamans parfaites qui finissent de te faire sentir comme un gros tas de merde. Alors qu’en plus si ça se trouve elles aussi elles pleurent dans leur douche.

J’ai arrêté de m’halluciner sur le ménage et le rangement, j’ai enfin compris que courir dans la forêt avec ma fille m’apporte bien plus. Je comprends vite mais faut m’expliquer longtemps.

J’ai arrêté de me juger moi même. La société s’en charge déjà. Et j’ai décidé que « j’ai pas le temps pour ça ma biche ».

J’espère de tout mon cœur qu’elle n’a jamais ressenti tout ça, qu’elle ne s’en souviendra pas, que je ne l’ai pas traumatisée à vie. Je fais des prières et je fais brûler des cierges. (Deux précautions, toujours.)

Je prends chaque jour comme il vient, avec son lot de petits bonheurs et de gros caprices (oui parce qu’après les terrible two sont arrivés les fucking three, c’est absolument fabuleux).

Alors oui c’est pas tout magique non plus, maintenant je languis. Je languis quand elle est à l’école! Si j’avais pas attendu ça si longtemps je me foutrais des baffes.

Mais c’est magique au moins un petit peu tous les jours parce que ses petits bras autour de mon cou valent tous les anti dépresseurs du monde. Parce que j’ai enfin rencontré l’amour de ma vie. Et que je crois bien qu’elle m’aime aussi.

Et ça, ça n’a pas de prix, pour tout le reste…

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