Voyage voyage. Episode 1.

Plus d’un an de retard, qui dit mieux?


Ça m’a pris comme une envie de pisser.

Quelque part dans l’été. J’étais avec mon amie Anna. On parlait de Noël, notre grande passion commune (oui en plein été, non je ne vois pas où est le problème). On est passé vite fait sur le village du Père Noël. Je me suis souvenu qu’un couple de potes y était allé avec leur fils. J’ai regardé le site internet. J’ai trouvé ça magnifique. J’ai scrollé deux minutes Airbnb. J’ai trouvé que c’était moins cher que ce que j’aurais imaginé. J’ai re-regardé le site internet. J’ai cliqué sur la vidéo promotionnelle des rencontres avec le père Noël… Et là, c’était foutu.

Mon âme d’écolo a essayé de me sortir son couplet sur l’empreinte carbone de l’avion et la mauvaise idée de donner le goût des voyages à Maxine.

Mon âme de fille unique m’a rappelé qu’on allait me dire que je pourrissais ma fille.

Ma carte bleue qui me connait très très bien ne m’a rien dit et s’est juste caché au fond de mon sac à main en espérant que je l’oublie.

Je n’ai rien entendu. Et en rallumant une cigarette j’ai exposé mon plan à Arnaud avec un grand sourire niais sur le visage.

Je venais donc, à 10h du matin, un dimanche et en cinq minutes, de décider que j’allais emmener ma fille en Laponie pour rencontrer le Père Noël.

Et l’obsession a commencé.

Des heures, des heures et des heures passées à éplucher internet pour trouver des vols pas trop cher, pour re re revérifier les restrictions en vigueur selon les vagues de Covid, à comparer tous les petits chalets en bois rouge disponibles sur Airbnb pour choisir le plus typique et mignon sans péter mon budget, à lire tout Tripadvisor pour trouver les meilleurs trucs à faire et les meilleures combines pour économiser des sous. Dieu bénisse le travail de nuit. (Celui que j’avais à l’époque où je n’avais vraiment pas grand chose à faire à part rester éveillée.)

Après, en vrai, si je suis parfaitement honnête, la majeure partie de ces heures a en fait été passée à regarder la webcam du village du Père Noël. Qui donne pile sur l’entrée de sa maison et sur le cercle polaire. Le truc le plus addictif que j’ai connu depuis le jeu vidéo les Sim’s. Mais passons.

Tout ça en attendant que la carte d’identité de Maxine arrive. Parce que bien entendu je ne pouvais rien réserver tant que je ne l’avais pas.

Arnaud ne voulait pas venir, la Lozère étant son maximum de neige supportable sur une année.

Ma mère par contre a accepté avant même que j’ai fini de lui proposer de venir. Déjà parce qu’elle adore la neige. Et aussi parce que la perspective d’un voyage toutes les trois pour voir un truc aussi féérique l’a emballé tout de suite.

On s’était dit qu’on partirait la semaine avant les vacances scolaires. Pour payer moins cher. Et aussi pour éviter mes compatriotes. Je les supporte déjà pas beaucoup à domicile. En déplacement je peux plus.

Les semaines passaient. Mes congés étaient posés. Les valises étaient prêtes. Dans ma tête, mais c’est pareil. Les places disponibles sur les vols diminuaient à vue d’œil. Les prix augmentaient. A vue d’œil aussi. La carte d’identité n’arrivait toujours pas.

Deux jours avant la date du départ prévue ma mère m’a dit « c’est pas grave, on ira une autre fois », j’ai répondu « Oui. Mais bon, si je l’ai demain on part. Je décalerais juste tout d’un jour. Enfin toi tu fais ce que tu veux mais moi j’y vais ».

Le lendemain matin en rentrant du boulot j’ai dit à Arnaud « Si jamais elle arrive avant 14h tu me réveille avec un café s’il te plaît? ».

A 13h et des brouettes il est rentré dans la chambre. J’ai ouvert un œil. J’ai dit « on a la carte? ». Il a dit « on a la carte ».

En l’espace de 4 minutes j’étais debout, j’avais bu mon café et allumé l’ordi et j’appelais ma mère pour lui dire: « CESTBONMAMANONALACARTEONPARTAPRESDEMAINJERESERVETOUTETJETERAPPELLE ».

La pauvre. Je la ménage vraiment pas.

Bref, j’avais 3h devant moi pour organiser un voyage en Laponie. Pour partir dans moins de 48h.

EASY!

J’ai trouvé des vols abordables avec une seule escale à Paris. Il restait des places dans le train de nuit qui relie Helsinki à la Laponie (et qui permet d’éviter un troisième vol tout en économisant une nuit d’hébergement). Il n’y avait plus de chalets en bois rouge de dispo mais je nous ai trouvé un appart’ très joli et très bien placé. Le tout pour moins de 500 euros par tête et en un temps record parce qu’à force d’éplucher internet je connaissais l’itinéraire, les horaires et le plan de la ville par cœur.

En faisant une danse de la joie je suis allé prendre ma douche. Puis en attendant que Maxine (qui ne savait absolument rien de mes plans depuis trois mois) arrive de l’école j’ai appelé ma mère pour lui donner tous les détails.

Quand Maxine est arrivée on l’a assise sur la table du salon et on lui a expliqué que « demain matin Mamie va venir te chercher et maman te rejoindra le soir. On va dormir chez Mamie et le matin on partira toutes les trois pour aller prendre l’avion. On en prendra même deux. Pour aller en Finlande. Une fois là bas on va dormir dans un train pour aller jusque dans une ville à côté du village du Père Noël. On ira le voir. Toutes les trois. »

Elle a souri mais elle a rien dit.

Une heure plus tard elle a dit « Maman, en Laponie on ira voir Margü? » (La petite Sami dans Klaus. Un personnage de dessin animé donc!)

Une heure après elle a dit « Moi dans le train de nuit je vais pas dormir. Je vais vous surveiller avec Mamie. »

Encore une heure après elle a fait un caprice parce qu’elle voulait pas essayer sa tenue de ski et ses bottes de neige que j’avais commandé exprès. (10 balles le tout, merci Vinted).

L’inconsciente que je suis a décidé d’ignorer ces signes.

Le soir avant de me coucher j’ai regardé la webcam du Père Noël. Il neigeait pour la première fois de l’automne. J’étais au top de ma vie.

Le lendemain matin ma mère est venue récupérer Maxine et je me suis lancée dans le bouclage de mon sac à dos. Qui devait aussi être celui de Maxine. Avec nos tenues de neige dedans. Et nos pulls de Noël. Et sa tenue de lutin. J’ai donc fait un Tetris géant. Et la trousse à toilette la plus minimaliste du monde avec que des échantillons. Là comme ça un an plus tard je fais la maligne mais ça n’a pas marché du premier coup. Du tout. Je crois même qu’à un moment j’ai fini de le bourrer à coups de pieds.

Après j’ai préparé mon bagage à main. Dedans j’ai mis Martine prend l’avion, Martine et la nuit de Noël et un gros livres de contes de Noël. J’ai aussi pris un carnet et des crayons au cas où Maxine aurait besoin de s’occuper. Et une poignée de Chupa chups, carotte du moment et arme anti caprice redoutable.

Après j’ai fait une sieste. J’ai pas dormi. J’étais trop excitée. J’ai chargé ma voiture. J’ai dit au revoir à Arnaud. Et je suis partie chez ma mère en sautant comme un petit lutin et en chantant « youpi youpi youpi ».

Le soir j’ai tout bien réexpliqué à Maxine. La plus grosse consigne était « il faut bien dormir cette nuit parce que demain matin on se lève tôt pour aller à Lyon prendre l’avion et maman doit conduire et après le voyage est long donc il faut qu’on soit bien reposé. »

Qui est la mère débile qui après avoir dit à sa fille de 3 ans qu’elle allait rencontrer le père Noël dans sa maison croit vraiment qu’elle va dormir? Moi, apparemment.

Maxine s’est réveillée toutes les 1h30. Et juste quand j’étais prête à la passer par la fenêtre j’ai regardé mon téléphone. J’avais un mail. Notre vol était annulé. On en avait un de remplacement mais il partait plus tôt. J’ai regardé le réveil, on avait 1h pour partir si on voulait l’attraper. Maxine et son excitation venaient de sauver le voyage.

On a sauté dans la douche puis dans nos habits puis dans la voiture et on est parties. Je vous passe le chapitre où ma mère m’a fait sortir de l’autoroute quand il fallait pas et où on a failli rater l’avion à cause des embouteillages du matin à la périphérie des villes. J’étais folle.

Par je ne sais quel miracle on a réussi à arriver à temps, trouver une place de parking pas trop loin, choper le bus en courant, jeter nos sacs à l’hôtesse du bureau d’enregistrement et passer les contrôles de sécurité en un temps record pour trois filles habillées pour le grand Nord.

Quand on est arrivées en salle d’embarquement il nous restait 5 minutes pour boire un café et aucune pour le duty free. On a fait une petite ola de groupe.

Maxine était très excitée de prendre l’avion. Moi j’appréhendais un peu. Parce que je connais ma fille et je savais qu’elle attendait un avion comme celui de Martine. Avec des crevettes et du champagne au repas, une hôtesse qui fait jouer les enfants et une visite guidée du cockpit. Et clairement ces services ne sont pas proposés par Air France sur un vol commercial Lyon Paris. Quand bien même, j’avais pas le budget.

On est montées dans l’avion. Maxine a passé un quart d’heure à jouer avec le sac à vomi.

Pendant le décollage tous les enfants à qui on avait fait éteindre les tablettes et autres écrans pleuraient. Très fort. Je me suis dit que ça allait être très long. La mienne jouait avec la notice d’évacuation de l’avion. Je me suis félicité de notre éducation sans écran. Quand les appareils électroniques ont été de nouveau autorisés tous les autres ont arrêté de pleurer. Ça tombait bien j’étais à deux doigts de péter le hublot pour les jeter à travers. La mienne a collé son nez au hublot et n’a plus bougé jusqu’à ce que l’hôtesse nous amène un verre de jus de pomme et un gâteau tout dégueu. Que Maxine a trouvé fabuleux. La magie des premières fois.

A Paris on s’est acheté un pique nique qu’on a mangé assises par terre dans un coin de l’aéroport. Puis on a repris l’avion. Maxine a dormi presque tout le long. Quand on faisait la queue pour les toilettes le steward a joué à cache cache avec elle. Elle était ravie. Elle a passé 20 minutes à jouer à mettre la notice d’évacuation dans le sac à vomi. Puis à le ressortir. Puis à le re rentrer… Et pour finir elle a un peu dessiné sur son carnet.

On est arrivé à Helsinki, on a récupéré nos bagages, on a pris l’escalator le plus long du monde pour rejoindre la gare, j’ai couru comme une tarée jusqu’à l’extérieur pour fumer une cigarette et une fois droguée et (enfin) détendue je me suis mise à la recherche du guichet pour valider la présence de Maxine dans ma couchette comme stipulé par le site de la sncf Finlandaise.

Il n’y a pas de guichet dans les stations de train Finlandaise.

Je ne parle pas le Finnois.

J’ai commencé à flipper un peu.

J’ai trouvé deux Messieurs qui portaient un uniforme qui avait l’air de celui de nos contrôleurs.

Ils parlaient anglais.

J’ai expliqué mon problème. Ils ont pris leur téléphone, parlé en « klikubluk » 3 minutes. Puis ils ont dit « It’s OK ». Je voulais leur faire un câlin mais j’ai pas osé.

Pour fêter ça on a été boire un coup. Puis on est parti à la recherche d’un restaurant. Vu que le train partait tard.

Les restaurants Finlandais ferment très tôt. Donc le seul qu’on a trouvé était… un buffet Chinois.

Maxine commençait à être fatiguée. Moi aussi. Ma patience étant proportionnelle à mon énergie ça commençait à être tendu entre elle et moi mais on a tenu bon jusqu’à ce que ce soit l’heure du départ. A grands coups de cigarettes (pour moi) et de chuppas chups (pour elle). Et ma mère faisait des respirations de yoga.

La cabine dans le train de nuit faisait 5 mètres carré. Littéralement. Salle de bain comprise. Mais c’était bien foutu.

On a pris une douche, on s’est mise en pyjama et on s’est mise au lit pour lire une histoire. Les lits étant prévus pour les gens du Nord, et donc, très grands, Maxine et moi on était large dans un lit une place. Dieu bénisse mes gènes de naine.

Pile après l’histoire le train est parti.

Et j’ai pu me rendre compte simultanément de deux choses:

-Les Finlandais sont très bruyants.

-Ma fille ne rigolait pas du tout quand elle disait quelle ne dormirait pas dans le train.

S’en sont donc suivis les 880 kilomètres les plus longs et les moins reposants de toute mon existence. Et je pèse mes mots.

Au petit matin Maxine était éclatée. J’étais éclatée. Ma mère qui est de TRÈS bonne composition a fait style de pas l’être.

On est descendu du train, il faisait encore nuit, il y avait de la neige et un sapin de Noël sur le quai. C’était tellement beau et j’étais tellement heureuse que je n’ai pas senti le froid.

On était en Laponie. On allait voir le Père Noël. On était toutes les trois. Ça allait être merveilleux.

Si j’avais su comment ça allait se passer je me serais jetée sous le train qui repartait…

La suite au prochain épisode.

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